Une interprétation envoûtante de “Kol Nidrei”, jouée par des haut-parleurs, accompagne le public alors qu’il s’installe dans le studio avant le début de 12h37. Traditionnellement récité à la synagogue avant chaque service du soir de Yom Kippour, il est accompagné de violoncelle et de cordes, et la mélancolie qui s’y dégage fixe les spectateurs au cœur de ce récit ; celle de l’identité juive. Cela annonce également l’importance de la musique dans cette production émouvante et dans la foi juive en général. La pièce commence à Dublin avec Paul (Alex Cartuson), un Irlandais juif d’une vingtaine d’années, dansant avec la belle Eileen (Lisa O’Connor)…

Évaluation



Incroyablement interprété et intelligemment créé, 12:37 tente de soulever des questions nuancées et controversées autour de la violence juive et de l’identité nationale. Délibérément inconfortable, il nous entraîne dans une lutte intercontinentale pour la reconnaissance et la sécurité.

Une interprétation envoûtante de ‘Kol Nidrei’, jouée par des haut-parleurs, accompagne le public alors qu’il s’installe dans le studio avant le début de 12:37. Traditionnellement récité à la synagogue avant chaque service du soir de Yom Kippour, il est accompagné de violoncelle et de cordes, et la mélancolie qui s’y dégage fixe les spectateurs au cœur de ce récit ; celle de l’identité juive. Cela annonce également l’importance de la musique dans cette production émouvante et dans la foi juive en général.

La pièce commence à Dublin avec Paul (Alex Cartuson), un Irlandais juif d’une vingtaine d’années, dansant avec la belle Eileen (Lisa O’Connor) que son frère qualifie de manière désobligeante de shiksa ; un non-juif. Il veut l’épouser, mais sa mère (Ruth Lass) ne le laissera pas. Non seulement elle n’est pas juive, mais ils sont sur le point de déménager dans l’est de Londres, criblés de dettes suite à la mort de son père. Et ainsi la performance continue alors que Paul et son frère Cecil (Eoin O’Dubhghail) emmènent le spectateur de 1935 à 1947, une période qui englobe l’horreur de l’Holocauste, jusqu’à la lutte contre l’impérialisme britannique pour former un État-nation juif. Ils voyagent de Londres à Tel-Aviv à Jérusalem. Ce faisant, leur combat contre l’antisémitisme finit par se transformer en un acte de terrorisme, avec des conséquences horribles pour toutes les personnes impliquées.

Il s’agit d’une pièce importante et complexe qui tente de soulever des questions nuancées et controversées autour de la violence juive et de l’identité nationale. C’est délibérément inconfortable de voir Cecil, Paul et Rina (une militante lituanienne, elle-même victime de violences sexuelles pendant la Shoah, également jouée par O’Connor) combattre l’occupation britannique et l’antisémitisme quotidien. Leur propre parcours multinational reflète la diaspora juive et, au point culminant de la pièce, l’acte de terrorisme inévitablement imparfait détruit encore plus de Juifs, provoquant une immense angoisse chez Paul et Rina. La dynamique familiale qu’ils dépeignent renforce l’individu au cœur de toute violence.

La portée de la pièce est vaste et elle a été écrite spécifiquement pour un petit casting qui assume chacun un certain nombre de rôles. Ils sont tous plus qu’exemplaires dans leur représentation de leurs personnages. La plupart des scènes sont accompagnées par l’un des personnages chantant pizmonim d’une manière douloureusement émouvante, le travail vocal est exceptionnel. Le décor est simple mais efficace. Les titres de style journal sont tenus par chaque personnage au début d’une scène pour révéler l’année et le lieu, créant ainsi leur propre instantané en noir et blanc de l’histoire.

Mon souci est que la totalité du terrain couvert est trop vaste, alors que la clarté n’est pas facilitée par le fait que les acteurs jouent plus d’un personnage, malgré leurs prouesses d’acteur. Ma propre connaissance de l’étendue ou des détails de l’exclusion, de la déportation et de l’antisémitisme juifs est insuffisante et, par conséquent, j’ai raté des points clés au cours du récit. Et c’est une occasion manquée. Chaque point soulevé renvoie à une identité juive, ancrée dans des siècles de déportation, d’exclusion ou d’anéantissement. Ce sont des pelotes de ficelle qui attendent d’être décousues avec des possibilités infinies de pensée. Mais ensuite, l’intrigue passe rapidement à l’horreur suivante et nous avons perdu du temps pour la réflexion.

Il ne fait aucun doute que c’est une écriture sublime et intelligente, mais peut-être que si moins d’intrigue était couverte, la césure qui en résulterait permettrait une véritable réflexion. Néanmoins, 12:37 est une pièce de théâtre étonnamment jouée et intelligemment créée.


Écrit et réalisé par Julia Pascal
Scénographie et costumes par : Liberty Monroe
Conception de l’éclairage par : Jon Stacey
Conception sonore par : Flick Isaac-Chilton
Produit par : Pascal Theatre Company en association avec Neil McPherson pour le Finborough Theatre

12:37 joue au Finborough Theatre jusqu’au 21 décembre. De plus amples informations et réservations peuvent être trouvées ici.



By 5int9